Le testament obligatoire : la part des petits-enfants orphelins
Le testament obligatoire est un droit imposé par la loi, pas une faveur de la famille. Quand un fils ou une fille meurt avant son père ou sa mère, ses enfants n'héritent pas de leur grand-parent en concours avec leurs oncles — mais le Code de la famille leur impose une part : celle que leur parent aurait reçue, prélevée sur le tiers de la succession (articles 369 à 372). Nul besoin du consentement des héritiers : à défaut d'exécution volontaire, le tribunal l'ordonne.
Qui en bénéficie exactement ?
Trois catégories, listées par l'article 372 : les enfants du fils, les enfants de la fille, et les enfants du fils du fils, à l'infini vers le bas. La différence entre les deux lignes est voulue : la branche du fils se prolonge en descendant, celle de la fille s'arrête à ses enfants. Et au sein d'une branche, chaque parent vivant écarte sa propre descendance.
L'inclusion explicite des enfants de la fille distingue le texte marocain de bien des explications qui circulent : qui a lu des articles venus d'ailleurs croit souvent la wasiyya wājiba réservée aux enfants du fils — ce n'est pas le droit marocain.
Le montant : une part hypothétique, un plafond strict
La règle de l'article 370 est précise : on suppose que l'enfant prédécédé a survécu à son parent, puis est mort aussitôt après. La part qu'il aurait alors reçue revient à ses enfants — sans que l'ensemble des testaments obligatoires dépasse le tiers de la succession. Au-delà, tout est réduit en proportion.
Exemple produit par le moteur du site : un homme meurt en laissant un fils vivant et une fille prédécédée, mère d'un garçon et d'une fille. Vivante, elle aurait hérité avec son frère à raison du double pour lui, soit 1/3 (33,3 %) pour elle. Cette part va à ses deux enfants : 2/9 (22,2 %) au garçon, 1/9 (11,1 %) à la fille ; le fils vivant prend le reste. Reproduisez-le dans le calculateur d'héritage : le champ « enfants décédés avant le défunt » fait tout le calcul.
Quand tombe-t-il ?
- Si les petits-enfants héritent : qui hérite n'a pas de legs obligatoire (article 371). Sans fils vivant, les enfants d'un fils prédécédé héritent directement — le testament obligatoire s'efface ;
- Si le grand-parent a déjà donné de son vivant, sans contrepartie, l'équivalent de leur dû — ou le leur a légué. Moins que le dû : complément obligatoire. Plus que le tiers : l'excédent requiert l'accord des héritiers (article 300).
Son articulation avec le legs volontaire et l'héritage
Le testament obligatoire partage le même tiers que les legs volontaires et se prélève avant la répartition des parts, dans l'ordre du partage de succession : dettes d'abord, legs dans la limite du tiers, puis parts fixes et héritiers universels. Un legs volontaire à un héritier exige l'accord des autres (article 280) ; le testament obligatoire, lui, ne demande l'accord de personne — ses bénéficiaires ne sont précisément pas héritiers. C'est l'un des choix propres du texte marocain que passe en revue notre guide de la loi sur l'héritage au Maroc.