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Qui hérite, qui est écarté, qui est exclu ? Les règles du tri

Trois questions règlent tout dossier d'héritage : est-il héritier ? un empêchement le frappe-t-il ? un plus proche l'écarte-t-il ? Le Livre VI y répond dans l'ordre : causes, conditions et empêchements aux articles 329 à 333, règles d'éviction aux articles 355 à 359. Le calculateur d'héritage les applique toutes et affiche, pour votre cas, les écartés et l'article qui les écarte.

Les causes et les conditions

Deux causes seulement : le mariage et la parenté. Elles sont d'ordre légal — nul ne devient héritier par contrat ni par testament, nul ne peut céder sa qualité d'héritier ni la retirer à autrui (article 329). Un arrangement de famille qui « ajoute » ou « retire » un héritier est sans valeur.

Trois conditions (article 330) : décès du de cujus, réel ou judiciairement déclaré ; existence de l'héritier à cet instant ; lien d'héritage établi. D'où des règles fines : le nouveau-né doit avoir manifesté sa vie (article 331) ; la part du disparu est réservée jusqu'au jugement (articles 326-327) ; les victimes d'un même accident dont on ignore l'ordre des décès n'héritent pas l'une de l'autre (article 328).

Les empêchements : l'intention, la religion, la filiation

  • Homicide volontaire : l'auteur perd biens et prix du sang, même en cas de doute allégué, et n'écarte personne — tout se passe comme s'il n'existait pas. L'homicide involontaire ne prive que du prix du sang (article 333) ;
  • Différence de religion : pas de succession entre musulman et non-musulman (article 332) ; le legs volontaire, dans la limite du tiers, reste possible ;
  • Filiation désavouée : sans filiation légalement établie, pas de vocation successorale (article 332).

L'éviction : un héritier primé par un plus proche

Deux degrés (article 356) : l'éviction totale, qui fait tomber l'héritier, et l'éviction partielle, qui réduit sa part. Six héritiers sont à l'abri de la première (article 357) : fils, fille, père, mère, époux, épouse.

Les règles phares de l'article 358 : le fils écarte le petit-fils ; le père écarte le grand-père et tous les frères ; le frère de même père et mère écarte le demi-frère de père uniquement ; les frères et sœurs de mère uniquement tombent devant tout descendant héritier et tout ascendant masculin. Et une règle que l'on oublie partout : les filles n'écartent pas les frères du défunt. Exemple calculé : deux filles et un frère du défunt — 2/3 (66,7 %) pour les filles, le reste (1/3 (33,3 %)) au frère.

Côté réductions (article 359) : un descendant héritier fait passer l'époux de la moitié au quart et l'épouse du quart au huitième ; deux frères ou sœurs — même écartés — font passer la mère du tiers au sixième (article 347). Un écarté peut donc peser sur le partage : c'est l'une des finesses que les calculateurs non marocains ratent.

Après le tri : le retour du reliquat

S'il reste un excédent et aucun héritier universel, la Moudawana ne l'envoie pas au Trésor tant qu'il existe un héritier : il retourne aux héritiers à part fixe au prorata (article 349) ; le conjoint n'y participe pas en présence d'autres héritiers à part fixe (rite malékite, article 400), mais seul héritier, il reprend tout. La veuve unique héritière reçoit tout ; la fille unique aussi. La mécanique complète est dans le guide du partage de succession, et le sort des petits-enfants orphelins dans le testament obligatoire.

Questions fréquentes

Le meurtrier hérite-t-il de sa victime ?

L'auteur d'un homicide volontaire contre son auteur de succession n'hérite ni des biens ni du prix du sang, même en présence d'un doute allégué, et il n'écarte aucun autre héritier. L'homicide involontaire ne prive que du prix du sang (article 333). Le critère est l'intention, établie par le juge pénal.

Un non-musulman peut-il hériter d'un musulman ?

Il n'y a pas de succession entre un musulman et un non-musulman, dans les deux sens (article 332). Reste la voie du legs volontaire, dans la limite du tiers, ouverte à qui n'est pas héritier. Les Marocains de confession juive relèvent du statut personnel hébraïque marocain (article 2).

Quelles sont les conditions pour hériter ?

Trois, posées par l'article 330 : le décès du de cujus, réel ou déclaré par jugement ; l'existence de l'héritier à ce moment ; et la connaissance du lien d'héritage. Le nouveau-né n'hérite que s'il a manifesté sa vie à la naissance — cri, tétée (article 331).

Quelle différence entre un héritier écarté et un exclu ?

L'exclu (homicide volontaire, différence de religion) est réputé n'avoir jamais été héritier et n'écarte personne. L'écarté (mahjūb) reste héritier en titre, primé par un plus proche — et il peut peser en étant écarté : des frères écartés par le père font quand même passer la mère du tiers au sixième (article 347).

Qui ne peut jamais être écarté de la succession ?

Six héritiers échappent à toute éviction totale (article 357) : le fils, la fille, le père, la mère, l'époux et l'épouse. Leur part peut diminuer — jamais disparaître, sauf empêchement personnel.

La veuve sans enfant hérite-t-elle ?

Oui : un quart sans descendant héritier, un huitième avec (articles 343 et 344). Et si elle est l'unique héritière, elle reçoit toute la succession — sa part fixe puis le retour du reliquat, spécificité marocaine de l'article 349.

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