Comment se partage une succession au Maroc, étape par étape
Une succession marocaine ne se partage pas dès le décès. L'article 322 du Code de la famille classe cinq droits à prélever sur la succession, dans l'ordre — et l'héritage vient en dernier : droits attachés aux biens eux-mêmes, frais funéraires, dettes du défunt, legs valable, puis parts des héritiers. Comprendre cet ordre, c'est la moitié du sujet ; l'autre moitié — qui reçoit quoi — se calcule dans le calculateur d'héritage, article de loi à l'appui.
Première étape : l'acte d'hérédité chez les adouls
Avant tout calcul, il faut prouver la qualité d'héritier. C'est l'acte d'hérédité (ʿaqd al-irātha) : deux adouls le dressent sur témoignages, le juge chargé du notariat l'homologue. Banques, conservation foncière, caisses de retraite : tous l'exigent avant de débloquer quoi que ce soit. Pour les MRE, c'est la première démarche à lancer — au Maroc ou via le consulat — car sans lui, comptes et biens restent gelés au nom du défunt.
Deuxième étape : liquider ce qui grève la succession
- Frais funéraires, engagés raisonnablement ;
- Dettes : les créanciers passent avant les héritiers, intégralement. Une créance écrite se prouve vite — voyez le guide de la reconnaissance de dette pour documenter les vôtres de votre vivant, précisément pour protéger vos héritiers ;
- Legs (wasiyya) : exécuté dans la limite du tiers du disponible ; un legs à un héritier n'est valable qu'avec l'accord des autres (articles 280 et 300) ;
- une zakat restée due se règle comme une dette — voyez le calculateur de zakat.
Troisième étape : les parts fixes, puis les héritiers universels
Le partage commence par les héritiers à part fixe — six quotités : moitié, quart, huitième, deux tiers, tiers, sixième (article 341). Les plus courantes :
| Héritier | Part fixe | Fondement |
|---|---|---|
| Épouse (le mari laisse des enfants) | 1/8 | art. 344 |
| Épouse (sans enfant) | 1/4 | art. 343 |
| Époux (la défunte laisse des enfants) | 1/4 | art. 343 |
| Époux (sans enfant) | 1/2 | art. 342 |
| Fille unique (sans fils) | 1/2 | art. 342 |
| Deux filles ou plus (sans fils) | 2/3 | art. 345 |
| Mère (avec enfants ou deux frères) | 1/6 | art. 347 |
| Mère (sans enfant ni deux frères) | 1/3 | art. 346 |
| Père (avec descendance) | 1/6 + reliquat éventuel | art. 347 et 353 |
Le reliquat revient aux héritiers universels, dans l'ordre : fils puis petit-fils, père, grand-père et frères, neveux, oncles (article 349). Si les parts fixes dépassent le total, toutes sont réduites en proportion (ʿawl) ; s'il reste un excédent sans héritier universel, il retourne aux héritiers à part fixe au prorata (article 349). Le conjoint n'y participe pas quand d'autres héritiers à part fixe existent — le rite malékite comble le silence du texte (article 400) — mais s'il est seul héritier, il reprend tout, comme l'article 349 le dit expressément. Qui est écarté et pourquoi : voyez les exclusions et empêchements.
Un exemple complet, calculé — pas recopié
Un homme laisse une épouse, deux fils et une fille. L'épouse reçoit le huitième (1/8 (12,5 %)), le reste va aux enfants : chaque fils 7/20 (35,0 %), la fille 7/40 (17,5 %). Ces chiffres ne sortent pas d'un livre : ils sont produits par le moteur du site, celui-là même qui fait tourner le calculateur, testé sur les cas que la Moudawana résout elle-même dans son texte.
Sans fils, le tableau change : deux filles et un frère du défunt — les filles prennent les deux tiers (2/3 (66,7 %)), le frère le reste (1/3 (33,3 %)). Car les filles n'écartent pas les frères du défunt : seuls le père, le fils et le petit-fils le font.
Partage amiable ou judiciaire
D'accord sur les parts ? Les héritiers majeurs répartissent comme ils l'entendent — la maison à l'un, les liquidités à l'autre — du moment que chacun consent. En désaccord ? Le tribunal désigne un expert, liquide, et vend aux enchères ce qui ne se divise pas. Pour un immeuble immatriculé, le partage ne devient opposable qu'inscrit sur le titre foncier.
Enfant conçu, disparu, générations multiples de petits-enfants : ces cas prévus par la loi exigent l'appréciation du juge — ne les tranchez jamais par un calcul maison, consultez un adoul.
Enfin, si les héritiers décident de vendre le bien après le partage, l'impôt sur le profit immobilier se calcule à partir de la valeur du bien au jour du décès — pas du prix payé autrefois par le défunt. Le calculateur TPI fait ce calcul avec les coefficients officiels.